Décision du SEL sur le projet d’avis n°3 du Pacte pour un enseignement d'excellence

Réuni ce 8 février 2017, le Comité communautaire du SETCa-SEL appelé à définir sa position sur le projet d’avis :

Dénonce

  • L’approche managériale qui fait penser qu’en faisant changer les structures et en augmentant les contraintes sur les enseignants, le système éducatif et la réussite des élèves en seraient fortement améliorés.
  • Le fait que rien ne soit susceptible de bénéficier directement et concrètement aux enseignants et autres personnels de l’enseignement. Par exemple, rien n’est prévu pour qu’ils puissent travailler dans de meilleures conditions pour leur permettre d’atteindre les objectifs du Pacte. Une bonne école passe par un enseignant heureux d’y être !
  • L’alourdissement de la charge réelle de travail des enseignants (composantes de la charge de travail, remédiation hors « cadre actuel », classes de dépaysement et autres activités extrascolaires ...)
  • Le fait que les améliorations attendues du système scolaire et de la réussite des élèves reposent quasi exclusivement sur les épaules des enseignants. Dans cette perspective, la non atteinte des objectifs sera immanquablement imputée à la mauvaise volonté ou à l'incompétence des enseignants. Les directions et les pouvoirs organisateurs des écoles, quant à elles, sortent du Pacte globalement renforcées (plus de soutien et plus de pouvoir discrétionnaire), alors qu’on demande aux enseignants d’en faire plus, qu’on augmente le contrôle sur leur travail et la possibilité de les sanctionner.
  • Cela ravive chez eux le sentiment d’un manque de considération et de reconnaissance par la classe politique. Les mesures préconisées par le projet d’avis présentent un risque élevé de détérioration des conditions de travail des membres du personnel de l’enseignement, qui ont le sentiment que leur liberté pédagogique se rétrécit sans cesse à la faveur d’une autonomie et d’un renforcement du pouvoir des directions. Ce qui dévalorise le métier d’enseignant en le réduisant encore un peu plus au statut d’exécutant.
  • Le manque de confiance envers les enseignants et de reconnaissance de leur métier qui percole tout au long du projet d’avis n°3. Cela va à l’encontre des objectifs de départ de la démarche du Pacte.
  • La cascade des évaluations du travail des enseignants : évaluation formative collective qui peut déboucher sur une évaluation formative individuelle, qui peut déboucher sur une évaluation-sanction individuelle, qui peut déboucher sur un licenciement. En l’état, ce système d’évaluation apparaît plus comme un moyen pour les directions et les pouvoirs organisateurs d’obtenir l’allégeance des travailleurs et la possibilité d’augmenter sans limite leur charge de travail en les précarisant dans leur emploi et dans leur statut.
  • L’évaluation sanction qualifiée de « sommative » dans le projet.
  • Le fait que ni les procédures, ni les critères d’évaluation ne permettent en l’état d’éviter l’arbitraire des directions et des pouvoirs organisateurs. Ces procédures et critères doivent être définis pour l’ensemble du secteur.
  • Le fait que rien ne rende concrètement attractive et dynamique une carrière dans l’enseignement.
  • L’absence de « ligne du temps » opérationnelle qui permette de comprendre l’agencement des réformes, notamment en termes de « glissements » d’emplois...
  • Le manque de précision sur le sort du personnel visé par les glissements d’emploi.
  • L'omnipotence des réeaux dans la structure à venir.
  • Le manque d’ambition dans la réforme de la formation en cours de carrière et sa mise sous tutelle par les réseaux.
  • La contradiction entre la volonté d’instaurer des dispositifs de remédiation immédiate et une diminution de l’encadrement (« optimisation du NTPP »).
  • L’absence totale de pensée et de projets pour l’enseignement de Transition qui devra renforcer la préparation à l’enseignement supérieur et accueillir une partie des options du Qualifiant à une date encore inconnue (quid des cours de pratique professionnelle ? quid des cours techniques ? quel NTPP ?)
  • L’absence de clarté sur l’avenir réel des filières qualifiantes.
  • La volonté de généraliser la CPU (Certification Par Unités) dans l’enseignement qualifiant.
  • Ce qui nous apparaît comme une diminution des moyens attribués à l’intégration des enfants handicapés ou victimes de troubles de l’apprentissage dans l’enseignement ordinaire.
  • La manifeste disparition de la phase 2 (période de choix du métier) de la forme 3 du secondaire spécialisé (forme qualifiante du Spécialisé).
  • La pression du temps dans laquelle le Groupe central a dû travailler depuis des mois.
  • Le maintien du « secret » au sein du Groupe central qui a empêché pendant des mois une consultation régulière et efficace de la base syndicale.

 

Regrette

  • que l’organisation de notre enseignement en réseaux n’ait pu être réinterrogée ;
  • que la révolution culturelle de toute la société que provoquerait un réel changement du système scolaire et de ses objectifs ne soit pas initiée dès les débuts des travaux du Pacte ;
  • que le travail collaboratif devienne obligatoire avec peu de moyens au lieu d’être suggéré ;
  • que le travail sur les rythmes scolaires soit peu approfondi ;
  • que la mesure visant à développer l’apprentissage d’une 2e langue dès la 3e primaire ne sera pas praticable en Wallonie à cause de la pénurie de profs de langue.

 

Approuve

  • La volontéde faire éoluer positivement notre systèe scolaire.
  • La volonté de mettre en oeuvre une réforme systémique.
  • La volonté d’organiser une réforme sur le long terme (tout en étant inquiet sur les « volte-face » habituelles lors de changement de majorité).
  • La volonté d’améliorer l’enseignement maternel (notamment par un renforcement de l’encadrement et par des référentiels adaptés).
  • La volonté de soutenir les nouveaux enseignants.
  • La volonté de renforcer la maîtrise de la langue d’enseignement et de la langue scolaire par tous les élèves.
  • La volonté de renforcer les dispositifs d?apprentissage de la lecture et de l?ériture.
  • La redéfinition de l’enseignement spécialisé de type 8 (troubles des apprentissages) :
    • en distinguant mieux les difficultés d’apprentissage des véritables troubles d’apprentissage dans la perspective d’une école inclusive ;
    • en élargissant, entre autres, le type 8 à l’enseignement secondaire, conformément à la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées.

 

Revendique

  • La « reprise en main » du Pacte par le Gouvernement1 pour que celui-ci réponde rapidement aux questions et aux revendications des enseignants.
  • La communication du phasage opérationnel des réformes avant toute reprise des travaux du Groupe central.
  • Une garantie ferme sur l’emploi, notamment sur la requalification et la réaffectation des membres du personnel qui perdraient leur emploi.
  • L’abandon du système d’évaluation en cascade (voir ci-dessus) et son remplacement par un système d’intervision-supervision dans les conditions des autres secteurs éducatifs.

Les 4 points ci-dessus constituent pour le Comité communautaire du SEL des préalables à toute reprise des travaux du groupe central du Pacte.

  • Des balises claires et strictes aux 5 composantes de la charge de travail des enseignants, en particulier :
    • un maximum pour les services à l’école, assorti d’une définition précise des tâches qui peuvent être demandées aux enseignants ;
    • un minimum incompressible de 40% réservé au travail autonome.

En cette matière, les organes de concertation locale doivent avoir un avis contraignant.

  • La clarification de la part d'autonomie des enseignants dans
    • l’organisation, la fixation des objectifs et la mise en oeuvre du travail collaboratif ;
    • leurs démarches pour faire évoluer leurs pratiques, mener des innovations pédagogiques, des projets, etc.
  • La création, le renforcement du pôle éducatif dans les écoles afin de mieux lutter contre le décrochage scolaire et atteindre les objectifs du Pacte.
  • La révision des dispositions « taille des classes » pour diminuer le nombre d’élèves par classe.
  • L’abandon de la conception du métier en 3 étapes.
  • La clarification du rôle des différents acteurs dans l’élaboration, l’adoption, la mise en oeuvre, l’évaluation, la modification du Plan de Pilotage.
  • Le réinvestissement intégral des moyens humains dégagés par cette réforme dans l’amélioration des conditions de travail qui permettront aux enseignants d’améliorer leurs pratiques en classe.
  • La mise en oeuvre de moyens pour améliorer les conditions de travail dans lesquelles les enseignants seront en mesure d’atteindre les objectifs fixés par le Pacte. En particulier :
    • la diminution du nombre d’élèves par classe ;
    • une augmentation plus significative de l’encadrement en Maternelle et dans le début du primaire ;
    • la baisse de la charge de travail des professeurs de pratique professionnelle de 30 à 24 périodes ;
    • le renforcement des normes d’encadrement pour les personnels des CPMS ;
    • l’intégration des nouvelles fonctions de référents et de coordinateurs pédagogiques dans le cadre organique
  • Une clarification et une plus grande précision concernant :
    • les contenus du tronc commun et leur articulation dans l’horaire et le cursus des élèves, ainsi que dans l’horaire et l’organisation du travail des enseignants, avec une évaluation des conséquences sur les attributions des enseignants et les nécessaires adaptations du décret « titres et fonctions » ;
    • les stratégies de différenciation (outils et pratiques) qui seront mises en oeuvre. Le Comité communautaire du SEL revendique une évaluation scientifique de la pertinence du dispositif « Remédiation, Consolidation, Dépassement » préconisé par le Pacte ;
    • les pratiques d’évaluation formative pour les élèves dont les conceptions semblent encore fort peu concrètes dans le cadre du Pacte ;
    • la question de l’évaluation des élèves en général tout au long du tronc commun, notamment la clarification de l’ambigüité qui subsiste autour de la question de la suppression du redoublement et des évaluations certificatives, le rôle du Conseil de classe et l’organisation de bilans ou examens non certificatifs.
  • Une clarification et une plus grande précision concernant les « nouvelles fonctions ». En particulier :
    • La distinction claire entre :
      • d’une part les fonctions de coordination pédagogique et de soutien aux collègues, dans le cadre du travail collaboratif2, doivent avoir l’aval des pairs, doivent être octroyées pour une période déterminée, doivent être liées à des compétences attestées et reconnues par les pairs. Elles ne doivent donner aucune autorité hiérarchique ;
      • d’autre part les fonctions d’aide à la direction3, doivent être liées à des compétences attestées par la direction et le PO, donnent forcément une autorité hiérarchique. Il faut donc définir pour chaque tâche de quelle autorité il s’agit sous le contrôle des organes locaux de démocratie sociale.
  • Lister de manière précise les nouvelles fonctions, les classer dans l’une ou l’autre catégorie et préciser pour chacune d’elle la procédure pour y accéder et les compétences nécessaires pour y avoir accès, la durée de l’attribution et les conditions statutaires qui y sont liées.
  • L’abandon de l’objectif de généralisation de la CPU et, au contraire, la mise en oeuvre de la poursuite de l’objectif d’une formation polyvalente et intégrative de la Qualification.
  • La révision des conditions d’accès au CESS dans l’enseignement qualifiant, notamment en tenant compte des apports de compétences et de savoirs des cours techniques, dans le but de ne pas lier systématiquement à une 7ème année complémentaire l’obtention d’un CESS qui donne accès à l’enseignement supérieur.
  • Le lancement du Pacte par le soutien d’un investissement conséquent, à la mesure de ses ambitions.

A ces conditions, nous pourrons approuver le projet.

A défaut, notre position sera totalement négative !