Dans le cadre de la plate-forme associative contre l’échec scolaire, la CSC-Enseignement, la CGSP Enseignement et le SEL-SETCa se sont accordés sur ce qui suit.
Le 12 octobre 2008 par Joan LISMONT
La question de la formation initiale en Communauté française connaît une récurrence remarquable depuis plus de 25 ans. Les lignes qui suivent ambitionnent d’en montrer le cheminement, d’en souligner la nécessité et d’apporter quelques éléments de maturation des perspectives.
Bref historique. Jusque dans les années 80, la question ne fut guère à l’honneur. Jusqu’en 1962, la formation des instits se fit en 4 ans d’école normale après 3 ans d’enseignement moyen ; jusqu’en 1974, elle passa de 1 à 2 années d’école normale après 6 ans d’enseignement secondaire. Parallèlement, la formation des régents nécessitait deux années après l’école secondaire. 1984 connut une premier tournant, plus cosmétique que substantiel lorsqu’une réforme prolongea la durée des études des instits et des régents de 2 à 3 ans. Objectifs officiels : amplification des stages et renforcement des connaissances dans les matières enseignées. Parallèlement, la nécessité d’étoffer l’agrégation des enseignants du secondaire supérieur et du supérieur fit jour, tant était étroit le parcours des exigences qui fondait la délivrance de l’aess. C’est dans un contexte de rationalisation de l’enseignement supérieur que fut revue la formation initiale des maîtres. La création des Hautes Ecole et des départements pédagogiques fut suivie par une refonte de la formation initiale des instits et des régents applicable auprès de tous les réseaux (décret du 12 décembre 2000) – ce décret fut ensuite « corrigé » revu pour y réduire le contenu de la formation sociologique des maîtres -. Dans la foulée, la formation initiale des aess fut aussi remise sur le métier (décret du 8 février 2001) pour être ensuite soumise aux exigences de Bologne. Et complémentairement, le décret du 17 juillet 2002 définit la certificat d’aptitudes pédagogiques à l’enseignement supérieur. Pas de révolution copernicienne depuis près de plus de 50 ans mais une évolution surtout dictée par les circonstances. Nonobstant le fait que l’action politique après les années 2000 fait écho à l’expression du besoin de plus en plus criant de révision de la formation initiale, écho qui ne put trouver un véritable envol eu égard au contexte budgétaire (et qui se solda même par une régression sociale auprès de l’enseignement supérieur). A noter que durant toute cette période, la formation pédagogique des professeurs de cours technique et/ou de pratique professionnelle a fait du « sur place » ; le CAP et CNTM sont restés intangibles …
Pourquoi ?
Nombreuses sont les considérations qui justifient une révision fondamentale de la formation des maîtres. Et c’est la prise en compte de ces considérations de manière solidaire et indissociable qui conduit à un plaidoyer pour l’allongement de la durée des études. Cet allongement vers une formation de niveau universitaire aurait en sus le mérite de casser les hiérarchies existant encore entre le différentes filières.
Pour (re)lancer le débat, citons ainsi parmi les compétences à attendre à tout niveau :
la maîtrise réflexive adéquate des disciplines enseignées, des processus de développement psychologique et physiologiques des enfants et adolescents tout comme des sciences de l’éducation, le tout associé à une culture générale large ;
la capacité d’analyse des mécanismes sociaux en œuvre au sein de l’Ecole et les réponses de structure ainsi que pratiques pédagogiques à construire pour y répliquer ;
la maîtrise de la langue française pour enseigner et communiquer ;
la capacité d’analyser les situations d’apprentissage, ses propres pratiques et leurs résultats
la prise en compte de la diversité des élèves et la capacité de mettre en œuvre une pédagogie différenciée ;
l’aptitude à dépister les difficultés spécifiques d’apprentissage en lien avec une intervention corrective immédiate ;
la capacité d’évaluer et les diverses dimensions de cette opération et plus particulièrement les activités de remédiation immédiate qui en découlent ;
la maîtrise des technologies de l’information et de la communication ;
la capacité d’assurer une coopération avec les parents et les partenaires de l’école ;
la maîtrise du fonctionnement des structures scolaires et des rôle des acteurs ;
la formation au monde économique et à la vie associative ;
le travail en équipe qui fonde une culture professionnelle prenant en compte réciproquement les qualifications et les expériences des uns et des autres ;
la capacité de saisir de manière critique ou réflexive les résultats de la recherche scientifique, de ses résultats et de ses applications à l’enseignement ;
la capacité de conduire un processus de formation en cours de service et tout au long de la carrière
Les perspectives. Outre le fait que la Communauté française fait office de vestige historique dans le cadre européen de la formation des maîtres (mais la construction européenne n’est pas garante de progrès social, loin s’en faut ! ), il nous paraît que la prochaine décennie devra impérativement revoir fondamentalement, en fonction des objectifs mentionnés ci-dessus, le régime de formation initiale. L’entreprise devra être conduite dans un contexte difficile (la pénurie frappe nombre de fonctions) et s’étaler sur plus d’une législature. Elle nécessitera des apports budgétaires car l’ajustement à tous niveaux sur une formation de niveau universitaire doit conduire aussi à l’existence d’un grand barème de référence ( le 501 revisité) ; la revalorisation de la fonction intègrera aussi cet élément. Le monde politique francophone semble avoir compris la nécessité de conduire une opération d’envergure sur ce dossier. Le chantier a été entrouvert à l’occasion de la conclusion d’un accord sectoriel gouvernement-organisations syndicales en juin dernier ; un des points d’accord valorise l’obtention d’une licence ou d’un master au bénéfice des instits et des régents exerçant leurs fonctions à ces niveaux (« valoriser au barème 501, avec effet au 1er janvier 2009, les instituteurs ou régents ayant obtenu un master (second cycle) en lien avec leur fonction dans l’enseignement fondamental ou secondaire inférieur). Par ailleurs, le Ministre de l’enseignement obligatoire est aussi sorti clairement du bois en souhaitant que la formation initiale des instits et des régents passe progressivement à cinq ans en procédant aux adaptations salariales conséquentes. Nous avons la faiblesse de croire que cette position trouvera rapidement une place de choix dans les programmes des formations politiques et en 2009, dans la future déclaration de politique communautaire.